Télé réalité culinaire

 

Depuis toujours, la nourriture et les repas représentent notre principale préoccupation. S’agissant de notre survie, il paraît essentiel d’assouvir ce besoin vital. Dès l’apparition de la télévision, il fut donc évident que des émissions culinaires apparaîtraient… principalement programmées pendant les heures de repas. Les recettes partagées par ce biais audiovisuel donnent l’eau à la bouche ; elles peuvent également être sources de nouvelles idées et de créativité.

Après la transmission simple et directe de recettes, les émissions prirent différents tournants. Les concepts évoluèrent, les idées furent nombreuses. On passa alors à des projets éducatifs, des concours – à différents niveaux – et d’autres projets.

Dans « Cauchemar en cuisine », le chef étoilé et meilleur ouvrier de France Philippe Etchebest tente de venir en aide à des restaurateurs en difficulté afin d’essayer de leur éviter la faillite. Il n’hésite pas à s’imposer ou heurter les propriétaires et leurs employés pour leur faire prendre conscience de leurs erreurs et ainsi pouvoir les rectifier.

Dans l’émission « Norbert, commis d’office », les candidats sont considérés comme des criminels de la cuisine. Ce sont des personnes de tous genres, des mères, des pères, des célibataires, des grands-parents également, qui cuisinent depuis des années et se prennent pour de vrais chefs ! Sûrs de leurs talents, ils ignorent que leurs familles et amis ne supportent plus leurs plats catastrophiques. Les proches n’osant pas avouer leurs avis réels aux « criminels », ils font alors appel à Norbert Tarayre. Après avoir « porté plainte », ce dernier est ainsi commis d’office afin de remettre des personnes dans le droit chemin, leur faire prendre conscience de leurs erreurs, leur apprendre certaines techniques et réaliser de meilleurs plats.

 

 

Cauchemar en cuisine à Sainte-Agnès

 

Dommage que dans les années 60, ce genre de téléréalité n’existât pas ! Peut-être que la présence de M6, de Philippe Etchebest ou de Norbert Tarayre aurait été appréciée à Sainte-Agnès…

La cuisine de l’établissement était sous la responsabilité de jeunes suisse-allemandes, appelées « volontaires ». La Mère Supérieure interdisait aux étudiantes de les saluer.

– Elles sont plus basses que vous, vous ne devez pas les saluer.

Ne voulant pas épiloguer plus longuement sur le côté spirituel et hautement catholique de cette réplique, je vais uniquement vous rappeler qu’il n’était tout simplement pas envisageable de ne pas obéir à la Mère Supérieure.

Les repas étaient tout simples, accompagnés de salade… parfois protéinée. Cette version exotique fortement appréciée dans certaines parties du monde créa chez Marie une aversion presque définitive pour la salade. Un peu trop avant-gardiste, apparemment ! Il lui fallut plusieurs années avant de réussir à en apprécier à nouveau, même à la maison. Les vers l’avaient tout simplement vaccinée de ce met quotidien. En parlant de bonnes choses, elle eut même un jour la charmante surprise de découvrir dans sa soupe… un nœud de cheveux entier.

Les raviolis – en boîtes – représentaient un repas très estimé. (Les étudiantes n’étaient certes pas difficiles !) Néanmoins, comme il y a toujours un souci à relever, chacune n’en recevait que six dans leur assiette. Peut-être que la qualité prime sur la quantité ; cela dit il faut avouer que c’est un peu léger pour assouvir sa faim. Lorsqu’elles demandaient à se resservir, il n’y en avait plus. Dommage.

En campagne, un plat connaissait un succès certain : bon pour la santé et peu onéreux, il réunissait tous les critères importants pour les familles. Comparativement aux raviolis en boîtes, le foie de veau est particulièrement riche en protéines, en vitamines A et D, et en beaucoup d’autres minéraux essentiels. A Sainte-Agnès, les Sœurs, toujours très soucieuses des éléments nutritifs et des bienfaits de leurs produits pour la santé de leurs jeunes étudiantes, leur en proposaient alors régulièrement à dîner. Un jour de livraison, Marie put apercevoir les livreurs décharger leur cargaison de foie. En tant qu’externe, elle était véhiculée à Fribourg par sa sœur et son fiancé ; elle devait alors entrer dans l’école par derrière et emprunter la même porte que les livreurs. Marie put donc faire une découverte de taille : le foie que les étudiantes allaient déguster à midi était… vert.

Vert… Comme cette couleur magnifique annonçant l’arrivée de la belle saison. Cette histoire, je la connais depuis longtemps, et c’est un vrai délice – sans jeu de mots ! – de le raconter dans cet écrit. Le soleil montait de plus en plus haut dans le ciel, les oiseaux commençaient à gazouiller, le gazon poussait, offrant alors à toutes les observatrices de la nature leur belle couleur vert printemps. Une obligation apparaissait alors : il fallait faucher ces brins verdoyants.

– Ah ! s’exclamaient certaines étudiantes. Demain, il y aura des épinards !

On pourrait croire à une mauvaise blague. Il se trouve pourtant que chaque année, ça concordait. Le fait était toujours vérifié le lendemain. Prises alors d’un doute raisonnable, les adolescentes refusaient de manger cet accompagnement vert haché fin. Ainsi, le surlendemain, les fameux épinards se retrouvaient dans leur soupe. Il n’y avait pas de petit profit.

 

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